prix  de  poésie  du  monde  français  et  francophone
Né en 1937 à Reims, Marc Alyn crée à dix-sept ans la revue Terre de Feu et fait paraître un premier recueil, Liberté de voir. Le Temps des autres, publié par Pierre Seghers, lui vaut de recevoir, le jour de ses vingt ans, un Prix Max Jacob fort remarqué. Après son service militaire en Algérie, il écrit dans Arts, Le Figaro littéraire et fonde la collection Poésie/Flammarion où paraissent ses propres poèmes : Nuit majeure et Infini au-delà (Prix Apollinaire) à côté d’un roman, Le déplacement. Essais critiques sur Mauriac, Dylan Thomas, André de Richaud, Norge, Kosovel, Lawrence Durrell, La Nouvelle Poésie française…

Volontairement éloigné de la vie littéraire à Uzès (Gard), dans un mas, il voyage en Orient, connaît à Byblos l’instant magique assimilé à un envol spirituel et rencontre Nohad Salameh, qu’il rejoindra à Beyrouth en pleine guerre civile. Le Livre des amants, poèmes à Nohad, est écrit et imprimé dans la capitale libanaise en proie aux bombardements. À partir de 1987, il revient à Paris où les trois volumes des Alphabets du Feu paraissent successivement : Byblos, La Parole planète, Le Scribe errant, salués, en 1994, par le Grand Prix de poésie de l’Académie française et celui de la Société des Gens de lettres. Il est fait Chevalier de la Légion d’honneur par décision personnelle du président François Mitterrand.

Atteint d’une grave maladie, privé de l’usage de la parole durant de longues années, il n’en poursuit pas moins son œuvre (L’État naissant, L’œil imaginaire), qu’il élargit et renouvelle, recevant, en 2007, le Goncourt de la poésie. Il a consacré à la Sérénissime un essai plusieurs fois réédité, Le Piéton de Venise, et à la ville-lumière : Paris point du jour. Suivra un manuel de félinolâtrie, Monsieur le chat, couronné par le prix Trente Millions d’amis. Critique d’art, il a fait paraître Approches de l’art moderne. On lui doit également des recueils d’aphorismes : Le Silentiaire, Le Dieu de sable, ainsi que les poèmes en prose du Miel de l’abîme et du Tireur isolé. La Combustion de l’ange rassemble ses principaux poèmes 1956-2011. Un choix complémentaire figure dans le Marc Alyn des éditions des Vanneaux (2012). Derniers ouvrages parus : Venise, démons et merveilles (Écriture, 2014) et Proses de l’intérieur du poème (Le Castor Astral, 2015), livre qui regroupe la totalité de sa poésie en prose 1957-2014.

Marc Alyn a reçu en 2014 le Grand Prix de poésie Pierrette Micheloud, décerné à Lausanne, pour l’ensemble de l’œuvre.
Nus dans un berceau d'orages



A force de se vouloir éternels, ils le devinrent bel et bien
mais seulement un jour sur deux.
Elle porta sa vie à l’envers, du côté des faux fils
tandis qu’il se faisait tailler une nudité sur mesure :
tenue de grillon pénitent rescapé du massacre
des Albigeois
recevant des doigts biseautés de la papesse l’aumône
d’une menue monnaie de chatons - le printemps.
Les défunts n’en revenaient pas : tant de phénix
incendiés dans la vallée de Josaphat !
Loin des géologies sournoises et des sinuosités suicidaires
ils connurent l’effet d’aubaine, délices et volutes,
l’inconcevable diffusion de l’être dans les choses,
tous les surgissements, les vins de glace, les hymnes
et la protection rapprochée de l’abîme.
Une âme musicale était le seul trésor surnageant au naufrage
semblable au grain de sel qui subsiste - feu blanc
après évaporation totale de l’océan.
Les soussignés consentent à devenir étoile, notèrent-ils
en guise de codicille, avec leur sang.


*



Celui qui fait parler les morts
et partage avec eux
son manteau de trous quand il pleut ;

Le porté pâle n’ayant que la poésie sur les os
rt dans la bouche une poignée de clous
en guise de langage ;

L’alchimiste ciblé par l’invisible
avec son cou à découper suivant le pointillé
et ses enjambées sauvages ;

Qui pourrait croire, lorsqu’il arpente,
toisé par les bustes d’aïeux aux cils féroces,
les corridors du château déconcertant

Que tant de commencements trouvent en lui refuge
pour avoir accru de son ignorance
le ciel intérieur des oiseaux ?



Charte


Alliance avec la bête
de la nuit issue et morte,
avec sa toison si douce
qui tant nous épouvanta.
Alliance avec son œil
unique, encore ouvert
sur l’étonnement de naître,
d’apparaître et de finir
en un même bond hagard.
Alliance avec la foudre
et le gibier fabuleux,
alliance avec l’étrange
que nous écrasons : c’est l’Ange.



Fil conducteur


Tout tenait à un fil - la phrase, la destinée - qu’il importait de soutirer aux fuseaux horaires sans resserrer le Nœud gordien de l’origine. L’infini, tapisserie de la reine Arachnide ou tapis de prière replié mille milliards de fois sur lui-même, se concentrait à l’extrémité de l’aiguille liant à l’ombre la lueur, l’esprit à la matière et l’instant à l’éternité. Ceux qui s’efforçaient de surprendre les trajets de la pointe fulgurante risquaient la cécité. L’écriture, main courante au-dessus du vide, incendiait la page pour éclairer les morts. La durée (hors-bord ou missile) noyait les riverains presque sans les mouiller avec la vélocité de l’hélice, de l’ellipse. Nous savions que la mort n’était que clou rouillé enfoncé dans le mur et qu’il nous faudrait tenter d’y accrocher à tout prix le fil à retordre de l’ultime pelote. Toujours, le point d’ancrage se dérobait sous la cordée. Qu’importait à l’inlassable arpenteur cette ligne de démarcation entre deux univers à l’identité incertaine ? Chacun semblait voué à devenir mémoire, trace infime, dépôt au fond de limpidités sournoises où s’embusquait un soupçon de ténèbres. La vie - tragédie-bouffe pour marionnettes - poursuivait sans sourciller ses pêches miraculeuses d’ombres chinoises au large des brisants, tissant, entretissant et métissant le motif implacable sur un canevas de coïncidences fertiles.
accueil

actualité

Membres du jury

Lauréats

courte histoire du prix

Guillaume Apollinaire

contact
Prix Guillaume Apollinaire
Membre du jury
Marc Alyn
Paris, France


.
Jury du Prix 
   Guillaume Apollinaire


Jean-Pierre Siméon
        
président

Georges-Emmanuel
                      Clancier
        
président d'honneur

Linda Maria Baros
        
secrétaire générale

Marc Alyn
Tahar Ben Jelloun
Zéno Bianu
Fabienne Courtade
Philippe Delaveau
Guy Goffette
Jean Portante
Jean Rouaud